Après 2020 : l’anime peut-il encore se réinventer ? (5)

Pendant les confinements, beaucoup de spectateurs ont découvert l’animation japonaise grâce aux plateformes. D’autres en ont profité pour rattraper les séries qu’ils repoussaient depuis des années. Cette période a donné un nouvel élan à un marché déjà en pleine expansion.

Sur le papier, la situation pourrait sembler idéale : un public mondial, de nombreux moyens de diffusion et des œuvres disponibles sous des formats variés. Pourtant, lorsque je regarde le flux des nouveautés, je me demande parfois si l’industrie ne risque pas d’épuiser à la fois ses équipes et l’attention de ses spectateurs.

La pandémie accélère les habitudes de visionnage

Alors que les confinements bouleversent la production et la sortie de nombreux programmes, les catalogues de streaming restent accessibles à domicile. Pour une partie du public, ils deviennent une porte d’entrée vers les anime.

Nouveautés en masse

La demande ne concerne plus seulement les séries télévisées. Films, créations destinées directement à Internet, exclusivités de plateformes et autres formats cohabitent désormais. Il y a toujours quelque chose de nouveau à regarder.

Cette abondance me plaît, bien sûr. Elle permet de découvrir des œuvres qui auraient peut-être eu du mal à trouver leur place autrefois. Mais elle peut aussi donner une impression étrange : à peine a-t-on entendu parler d’une série qu’une autre saison commence déjà, avec son lot de titres à suivre.

Grandir sans fragiliser ceux qui créent

Les pouvoirs publics japonais voient dans les industries culturelles un enjeu économique international majeur. Les ambitions sont élevées, mais les difficultés du secteur restent bien réelles : formation des nouveaux talents, rémunération, conditions de travail et capacité des studios à tenir leurs engagements.

Moi quand je me réincarne en slime

Ces questions ne sont pas secondaires. Si l’on veut davantage d’animation, il faut aussi se demander dans quelles conditions elle est fabriquée. Une industrie peut afficher de bons résultats tout en demandant trop à ceux qui dessinent, animent, composent et organisent les productions.

Pour réduire les risques financiers face à des coûts de production élevés, les comités de financement privilégient les franchises éprouvées, les suites, les remakes et les adaptations de formats populaires éprouvés et confirmés en light novels comme les isekai (signifie littéralement « autre monde » en japonais). C’est un sous-genre de la fantasy où un personnage du monde réel est transporté, piégé ou réincarné dans un univers parallèle, souvent magique ou médiéval.

Ce choix de la prudence, renforcé par les algorithmes des plateformes qui recommandent des contenus similaires aux succès établis, rend l’émergence d’œuvres originales plus complexe. Sans nier la sortie de projets ambitieux, la visibilité de la création originale se retrouve parfois étouffée dans la masse des nouveautés saisonnières.

Je n’ai rien contre les recettes familières lorsqu’elles donnent naissance à une bonne série. Le problème apparaît lorsque la prudence prend tellement de place qu’une œuvre originale peine à être financée ou simplement remarquée. Dans un catalogue immense, sortir du lot devient parfois aussi difficile que de parvenir à être produit.

Que devient la place du support physique ?

Le streaming a rendu les œuvres plus accessibles. En contrepartie, notre rapport à elles change. On regarde une série dans un catalogue sans toujours pouvoir choisir combien de temps elle y restera. Posséder une édition vidéo, la prêter ou la conserver relevait d’une autre logique.

Je ne pense pas qu’il faille idéaliser les années du DVD et du Blu-ray : leurs prix pouvaient être élevés et bien des séries restaient introuvables. Mais le recul du support physique mérite qu’on s’y arrête. L’accès immédiat est confortable, la possibilité de garder une œuvre que l’on aime compte aussi.

Cette décision marque un contraste saisissant avec les années 2000 : l’enjeu pour les grands acteurs n’est plus de distribuer des objets physiques au plus grand nombre, mais d’organiser et de contrôler l’accès numérique aux catalogues. (coucou Sony).

Produire plus, ou créer autrement ?

Depuis les années 1980, l’animation japonaise a traversé des crises économiques, changé de techniques et trouvé des spectateurs dans le monde entier. Cette capacité d’adaptation est impressionnante.

Pour la suite, j’aimerais que la question ne soit pas seulement : « Combien de séries pouvons-nous sortir chaque saison ? » J’aimerais qu’on laisse aussi de la place à des artistes qui tentent autre chose et qu’on leur donne les moyens de bien le faire.

Les animes du futur

Dragon Ball, Evangelion, Cowboy Bebop, One Piece ou Attack on Titan n’ont pas marqué les spectateurs parce qu’ils remplissaient un catalogue. Chacun, à sa manière, possédait une identité assez forte pour rester dans les mémoires. Si l’anime veut continuer à nous surprendre, c’est cette possibilité qu’il doit préserver.

Nonotraz, créateur de Génération Pixel

Nonotraz

Passionné de culture rétro, d’animation japonaise et de jeu vidéo, je restaure et partage génériques, introductions de jeux cultes et chroniques pour faire revivre ces souvenirs.

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